Un « héritage » chaotique
En septembre 2024, lorsque Mauricio Pochettino a signé le contrat pour entraîner l’équipe nationale américaine, il a hérité d’une équipe qui venait de subir le choc de son élimination dès la phase de groupes de la Copa America 2024, disputée à domicile.
La « génération dorée » américaine, avec ses stars onéreuses évoluant en Europe, était comme un cristal étincelant, mais elle s’est brisée sous le poids des attentes. Les supporters étaient sceptiques. L’équipe elle-même a perdu confiance.
Pour redresser la situation, la Fédération américaine de football (USSF), avec le soutien financier de milliardaires passionnés de football comme Ken Griffin et Scott Goodwin, a décidé de faire appel à l’un des entraîneurs les plus renommés du football mondial .
Pochettino n’a jamais entraîné de sélection nationale. Sa réputation s’est forgée en club, d’Espanyol à Southampton, en passant par Tottenham, le PSG et Chelsea. Cependant, tout au long de sa carrière d’entraîneur, Pochettino s’est distingué par sa capacité à redresser des équipes en difficulté, à les aider à retrouver confiance et à surmonter leurs faiblesses.
Et c’est précisément ce dont l’équipe américaine a le plus besoin après sa défaite à la Copa America 2024.
Dès ses premiers jours à la tête de l’équipe américaine, Pochettino a défini sa mission comme allant bien au-delà d’un simple changement de composition ou d’ajustements tactiques. Il souhaitait transformer la mentalité de toute l’équipe.
Dans une interview accordée à The Athletic à l’occasion de la Coupe du monde 2026, Pochettino a réaffirmé la philosophie qui le guide depuis son enfance à Murphy, une petite ville d’environ 4 000 habitants en Argentine : « Nous devons rêver sans limites. »
Selon Pochettino, se fixer des objectifs uniquement réalisables ne permet pas d’accomplir quoi que ce soit d’exceptionnel. À l’inverse, oser poursuivre de grands rêves rapproche les individus de l’impossible. C’est pourquoi, même au plus fort de la déception, Pochettino a affirmé que l’objectif de l’équipe américaine devait être de remporter la Coupe du monde.
Une nouvelle croyance a été semée.
Beaucoup jugent ces affirmations excessivement optimistes. Mais pour Pochettino, l’enjeu n’est pas une prise de conscience immédiate, mais un changement de mentalité chez les joueurs. Pour y parvenir, il commence par des changements profonds au sein de l’équipe.
L’une des premières observations de Pochettino fut que de nombreux joueurs américains vivaient dans une « zone de confort ». Pendant des années, un groupe de stars avait été considéré comme le noyau quasi indissociable de l’équipe nationale. Cela avait involontairement créé le sentiment que leurs places n’étaient pas réellement menacées, quelles que soient leurs performances.
Selon Pochettino, cet environnement n’est pas propice au développement. Il estime que le football de haut niveau n’existe que s’il y a concurrence. Si un joueur a la certitude d’être appelé en équipe première ou d’être titulaire indiscutable, sa motivation à progresser diminuera avec le temps. C’est pourquoi il a décidé de rompre avec cet ancien système.
Pochettino a donné leur chance à de nombreux nouveaux joueurs. Des joueurs comme Matt Freese, Alex Freeman et Sebastian Berhalter ont été intégrés à l’équipe première aux côtés de noms plus connus. Personne n’était assuré d’une place sur la seule base de sa réputation ou de son expérience passée.
Ce changement a rapidement créé des tensions dans le vestiaire. Il a forcé les joueurs à se remettre en question. Mais en même temps, il a insufflé une nouvelle énergie à l’équipe. Ceux qui étaient restés sur le banc sentaient désormais que leur chance était bien réelle. Et ceux qui occupaient une position confortable comprenaient qu’ils devaient continuer à progresser.
Pochettino parle d’« évolution continue ». Et ce qui s’est passé lors de la Coupe du monde 2026 prouve que cette approche fonctionne.
Lors de leur victoire 4-1 contre le Paraguay en match d’ouverture, l’équipe américaine a affiché un football énergique, confiant et offensif. Un contraste saisissant avec l’équipe qui avait subi une pression immense deux ans auparavant.
Grâce à leur victoire 2-0 contre l’Australie, un succès qui a assuré la qualification des États-Unis pour le tour suivant dès le premier match, l’équipe de Pochettino a joué avec confiance, fluidité et a totalement contrôlé la rencontre.
Cependant, le changement le plus important opéré par Pochettino ne se situe peut-être pas sur le terrain, mais plutôt dans sa façon de redéfinir les responsabilités au sein de l’équipe.
L’entraîneur de 54 ans a fait valoir que les joueurs américains étaient surchargés de tâches qui sortaient de leur domaine de compétences. Dans certains cas, ils étaient même impliqués dans des décisions qui auraient dû relever de la ligue ou de l’encadrement technique.
Selon Pochettino, cela brouille les responsabilités. Il souhaite rétablir l’équilibre : les managers sont responsables de la gestion, le staff technique des aspects techniques, et les joueurs se concentrent sur le jeu.
Cela paraît simple, mais il s’agit d’un changement crucial dans le fonctionnement de l’équipe nationale américaine. Pochettino est convaincu que les joueurs ne peuvent exprimer leur plein potentiel que lorsqu’ils sont libérés de toute pression ou calcul inutile. Il souhaite qu’ils entrent sur le terrain l’esprit libre, sans être accablés par des contraintes extérieures.
C’est aussi pourquoi ses proches collaborateurs, de son assistant de longue date Jesus Perez à son fils Sebastiano Pochettino, participent tous à la création d’un environnement où l’on attend des joueurs qu’ils soient extrêmement performants, tout en leur apportant un soutien maximal.
Dans la philosophie de Pochettino, discipline et respect sont indissociables. Il a maintes fois souligné que respecter un joueur ne signifie pas lui faciliter la tâche. Au contraire, respecter un joueur, c’est exiger de lui qu’il travaille davantage pour progresser.
Même ceux qui ne jouent pas doivent s’entraîner à l’intensité maximale. Selon lui, réduire les exigences simplement parce qu’un joueur est déçu de ne pas avoir de temps de jeu est un manque de respect. Car lorsque l’occasion se présentera, il ne sera pas prêt à concourir.
Énergie, conviction et victoire.
Tout en insistant sur la discipline et le travail acharné, Pochettino n’est pas le genre d’entraîneur à se fier uniquement aux tableaux tactiques, à l’analyse vidéo ou aux données des capteurs. Il accorde également une grande importance à l’énergie, à l’intuition et aux émotions.
Dans son livre « Le Meilleur des mondes », Pochettino mentionne qu’il avait placé des citrons dans son bureau car il pensait qu’ils pouvaient absorber les énergies négatives. Beaucoup considèrent cela comme une superstition ou un détail intéressant.
Mais pour Pochettino, ce n’est qu’une petite partie de sa vision du monde. Il a toujours cru que la pensée positive pouvait engendrer des changements positifs, et son propre parcours en est la preuve la plus flagrante.
Parti de Murphy, petite ville natale, Pochettino est devenu international argentin lors de la Coupe du monde. Il a ensuite mené Tottenham en finale de la Ligue des champions, entraîné Lionel Messi, Neymar et Kylian Mbappé au PSG, avant de prendre les rênes de l’équipe nationale américaine lors de la Coupe du monde organisée par les États-Unis.
C’est un parcours nourri de très grands rêves. Pochettino s’efforce désormais d’insuffler cet esprit à ses joueurs. Atteindre la phase de groupes de la Coupe du Monde 2026 n’est certes pas le plus grand exploit de l’histoire du football américain, mais cela prouve que l’équipe des États-Unis possède encore ce qu’elle avait perdu après la Copa America 2024 : la confiance.
Source : https://tienphong.vn/hlv-pochettino-da-lot-xac-doi-tuyen-my-the-nao-post1853081.tpo