Dans une étape inattendue, l’agence de notation internationale Standard & Poor’s (S&P Dow Jones) a proposé la semaine dernière de réduire le classement de l’Egypte dans ses indices pour la faire passer de la catégorie de « marché émergent » à celle de « marché frontière (débutant) ». L’institution américaine est la plus grande agence de notation spécialisée dans la création et la gestion d’indices financiers. Ses évaluations sont parmi les plus suivies par les grands gestionnaires de fonds d’investissement au monde. Elle évalue la solvabilité des entreprises, des institutions financières et des Etats en estimant leur capacité à rembourser leurs dettes, influençant ainsi les décisions des investisseurs sur les marchés.
Le déclassement de l’Egypte, s’il a véritablement lieu, pourrait réduire sa capacité à attirer les investissements étrangers indirects dans les portefeuilles (actions et outils d’endettement), vu que ces derniers préfèrent les marchés les mieux classés, comme les marchés émergents et développés.
Le rapport de consultation publié par l’institution la semaine dernière indique cependant que des évolutions positives ont été observées sur le marché en Egypte en juillet 2024 concernant la réduction des retards dans le transfert des capitaux des investisseurs étrangers, se félicitant des mesures mises en place depuis mai 2023. « Mais des défis subsistent en matière de structure et d’accessibilité du marché pour les investisseurs étrangers, ainsi qu’au niveau des indicateurs économiques de l’Egypte et sa stabilité institutionnelle qui ne répondent pas aux critères de S&P DJI d’un marché émergent », indique le rapport, en ajoutant que cette baisse entrera en vigueur lors d’une révision de l’indice en septembre 2027.
Le vice-président de la Holding Mubasher Capital, Ehab Rashad, affirme à l’Hebdo que le rapport de Standard & Poor’s est basé sur des informations très anciennes qui remontent aux années 2023 et 2024 pendant lesquelles il y avait vraiment un retard dans les transferts des capitaux étrangers compris entre un et trois mois. « Mais ces problèmes de retard ont disparu au cours des deux dernières années et les investisseurs étrangers peuvent aujourd’hui transférer leurs capitaux immédiatement », note-t-il. Et d’ajouter que l’institution américaine n’a pas pris en considération les progrès réalisés au niveau des indicateurs économiques et de la Bourse égyptienne au cours des deux dernières années. « Au niveau des indices boursiers, la valeur quotidienne des échanges a presque triplé au cours des deux dernières années pour atteindre 10 milliards de L.E. actuellement contre 3 milliards de L.E. en 2024. Et donc, j’écarte la possibilité d’un déclassement de l’Egypte ; celui-ci se limitera à la liste de surveillance de l’institution », pense Ehab Rashad.
Au niveau des indicateurs économiques, la Banque Centrale d’Egypte (BCE) a adopté, en mars 2024, une politique de « dévaluation surveillée » de la livre égyptienne, la faisant passer de 30 à 50 L.E. Cette décision a marqué un tournant après des mois de pénurie de dollars, qui s’échangeait sur le marché parallèle. Au cours des deux dernières années, les réserves en dollars ont considérablement augmenté, pour atteindre 53 milliards de dollars en avril 2026 contre 40,3 milliards de dollars en mars 2024.
Au niveau de la croissance économique, le Fonds Monétaire International (FMI) prévoit un taux de croissance de 4,2 % pour l’année financière 2025-2026 malgré les tensions géopolitiques contre un taux de 2,4 % en 2023- 2024.
Les investisseurs étrangers dans les portefeuilles peu affectés
Quel serait l’impact sur les investissements indirects étrangers dans les portefeuilles si ce déclassement venait à se réaliser ? Le directeur exécutif des marchés monétaires et des revenus fixes chez Al-Ahly Financial Investments Management, Mahmoud Naglah, explique à l’Hebdo que le déclassement d’un pays donne un signal négatif aux marchés. Cependant, il y a un aspect positif dû à l’augmentation du poids de l’Egypte dans la catégorie des marchés débutants. « L’Egypte ne représente actuellement que 0,12 % de l’indice S&P Emerging Markets Broad qui comprend de grandes économies telles que la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud », affirme-t-il. Le déplacement de l’Egypte aux marchés débutants peut certes entraîner une sortie des investissements étrangers, mais ils seront compensés par l’entrée d’autres investissements dus à l’augmentation du poids de l’Egypte sur les indices de Standard & Poor’s des marchés frontières à 3,43 %. « Même en cas de déclassement, il n’y aura jamais de sortie totale des investissements étrangers et l’impact sera limité », prévoit Mahmoud Naglah.
Par ailleurs, le recul du coût de l’assurance sur les dettes souveraines égyptiennes rendra l’investissement dans les outils de dette égyptiens plus attractif. Selon la chaîne Al- Arabiya, le coût d’assurance sur les dettes souveraines sur une période de 5 ans s’est élevé à 2,95 % fin mai, soit son plus bas niveau depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iran le 28 février.
Conséquence de ce recul, l’indice CDS (Crédit Default Swap), qui mesure le coût de risque de non remboursement des dettes souveraines d’un pays, a baissé, passant sous le seuil des 300 points pour atteindre 297 points, ce qui signifie une baisse du coût de l’emprunt des titres gouvernementaux. « La baisse du coût de l’assurance sur la dette souveraine montre que le marché commence à percevoir l’économie égyptienne comme moins risquée et plus capable d’honorer ses engagements. C’est un point très positif pour l’économie égyptienne et l’attractivité des investissements au cours de la période à venir », explique Mahmoud Naglah. Il attribue le recul de l’indice à la flexibilité des taux de change, la baisse relative du coût de l’emprunt extérieur et l’amélioration de la perception des marchés émergents vis-à-vis de l’Egypte avec le retour progressif des étrangers à l’investissement dans les bons et les obligations du Trésor égyptiens. « Le recul du coût de l’assurance se répercute directement sur le coût de l’emprunt extérieur », conclut-il.