Mais réduire le journalisme à un simple métier de diffusion d’informations est peut-être insuffisant. Plus fondamentalement, le journalisme ne se contente pas de refléter la société, il contribue aussi à façonner la perception que celle-ci a d’elle-même.
Un article peut susciter la colère. Un article peut inspirer l’espoir. Un titre peut bouleverser les marchés. Une histoire touchante peut transformer le regard qu’une communauté porte sur une personne, un lieu, une profession. C’est là l’immense pouvoir du journalisme. Et c’est aussi une immense responsabilité.
Le journalisme ne se résume pas à « rapporter les faits ». Autrefois, on le considérait avant tout comme un moyen de relater les événements : ce qui s’est passé, où, quand, qui en est responsable et quelles en ont été les conséquences. Cela reste essentiel.
Mais dans un monde où des millions d’informations inondent les réseaux sociaux en quelques secondes, le journalisme est aujourd’hui confronté à une question différente : si n’importe qui peut rapporter l’actualité, qu’est-ce qui donne de la valeur à un journaliste ?
Il s’agit peut-être de la capacité à analyser les événements en profondeur, à relier des éléments disparates, à percer le mystère des phénomènes et, surtout, à maintenir un dialogue lucide au sein de la société. Car l’information n’est pas forcément synonyme de connaissance. Et la connaissance n’engendre pas nécessairement l’empathie.
Les journalistes d’aujourd’hui doivent composer non seulement avec la rapidité, mais aussi avec le chaos des émotions et des algorithmes. Un titre peut sauver une vie, ou en détruire une. Jamais auparavant le journalisme n’a exercé une influence aussi puissante sur les comportements sociaux.
Une rumeur peut faire chuter les prix agricoles du jour au lendemain. Une vidéo manipulée peut susciter l’indignation générale. Un titre sensationnaliste peut provoquer une panique généralisée.
À l’inverse, un article bien écrit peut sauver une vie, revitaliser une zone rurale, redonner espoir à la communauté et inspirer la compassion.
Le journalisme ne se limite donc pas à l’écriture, mais vise aussi à influencer la psychologie sociale. Les journalistes ne se contentent pas de manier la plume ; ils sont également porteurs d’une part du « climat spirituel » de la communauté.
Les journalistes ne se contentent pas de rechercher les « actes répréhensibles ». Pendant longtemps, la société a supposé que le journalisme devait nécessairement rechercher la négativité. C’est vrai. Le journalisme doit critiquer, surveiller et lutter contre les actes répréhensibles.
Mais si une société est confrontée quotidiennement à la corruption, à la fraude, à l’insalubrité alimentaire, à la violence et aux scandales, la communauté finira par perdre confiance en elle-même.
Une presse responsable aide non seulement la société à reconnaître ses faiblesses, mais aussi à percevoir les germes du bien, les modèles exemplaires, les personnes qui contribuent discrètement et les communautés qui s’émancipent. Car le développement sociétal ne se limite pas à la critique du mal, mais passe également par la diffusion d’une vision positive à grande échelle.
Les journalistes sont comme des semeurs de graines. Certains parcourent le monde non seulement pour dénicher l’actualité brûlante, mais aussi pour découvrir un agriculteur pratiquant une agriculture responsable, un enseignant assurant la continuité de son enseignement dans une région isolée, une communauté préservant ses forêts, une coopérative modernisant ses pratiques commerciales, ou un jeune retournant dans sa ville natale pour y créer son entreprise. À première vue, ces histoires peuvent sembler anodines, mais ce sont précisément ces initiatives discrètes qui constituent le socle de la société.
Si la presse ne s’intéresse qu’aux sujets brûlants, elle risque de négliger les signes encourageants. Or, l’avenir d’un pays réside souvent non pas dans les lieux les plus bruyants, mais dans ceux où l’espoir est semé.
L’intelligence artificielle va-t-elle sonner le glas du journalisme ? Nombreux sont ceux qui craignent que l’IA ne remplace les journalistes. Il est vrai que l’IA peut synthétiser des données, rédiger rapidement des articles, analyser les tendances, créer des vidéos, traduire et même écrire des articles avec une grande fluidité.
Mais l’IA peut difficilement remplacer l’expérience du terrain, l’intuition sociale, l’empathie, la responsabilité morale et le regard humain sur la souffrance. Un algorithme peut savoir « ce qui se passe », mais il ne comprend pas forcément « comment cela affecte les gens ».
La presse ne se contente pas de refléter l’avenir, elle le façonne. Une société finit par devenir ce qu’elle lit, écoute et voit au quotidien. Si la population est exposée quotidiennement à la peur et à la colère, la société risque fort de basculer dans l’extrémisme.
Si chaque jour les gens sont témoins de l’esprit de service, d’innovation, de bienveillance et de modèles durables, la société disposera d’une énergie positive plus grande pour aller de l’avant. Par conséquent, le journalisme ne se limite pas à raconter des histoires aujourd’hui, mais contribue également à façonner l’esprit de demain.
En fin de compte, les journalistes sont les gardiens de la mémoire de leur époque. Il y a des choses que, des décennies plus tard, on oubliera : un discours, une statistique ou un débat en ligne.
Mais les gens se souviendront des photographies de guerre, des reportages sur les vies humaines, des histoires qui ont ému la société et des écrits qui ont aidé les gens à mieux se comprendre.
Car le journalisme préserve en fin de compte non seulement l’information, mais aussi la mémoire spirituelle d’une époque. C’est peut-être pourquoi, malgré ses difficultés et ses pressions, il demeure un si beau métier.
Un métier qui consiste à traverser la vie pour écouter, créer des liens, critiquer, semer l’espoir et rappeler aux gens de ne pas être indifférents les uns aux autres.
LE MINH HOAN
Source : https://baodongthap.vn/nguoi-lam-bao-nguoi-di-nhat-nhung-hat-giong-cua-xa-hoi-a242255.html